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Culture et Société.

Actualité Culturelle et Regard sur la Société.

L'exil ou la chronique d'une vie loin de chez soi.

Publié le 8 Mars 2015 par Georges Holassey

L'exil ou la chronique d'une vie loin de chez soi.

En écoutant la chanson "Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux" de Michel Berger, il m'est venu à l'esprit une des chroniques de Maupassant dans laquelle il parlait de l'exil, cette peine terrible dont certains hommes et femmes sont frappés; obligés à vivre loin de chez eux.

Voici un extrait de cette chronique de Maupassant :

En dehors de ce sentiment idéal qu’on appelle « l’amour de la Patrie », il existe une singulière tendresse, une tendresse instinctive et presque sensuelle, pour le pays où nous sommes nés, qui nous a nourris de son air, de ses plantes et de ses fruits, de la chair de ses bêtes, du jus de ses vignes et de l’eau de ses sources.

Notre corps est fait de sa substance ; nos organes sont accoutumés à sa température et à ses formes ; notre peau a le ton et la résistance que donne son soleil et qu’exige son climat. Nous sommes les fils de la terre plus encore que les fils de nos mères. L’homme n’est plus le même à vingt lieues de distance, parce que chaque parcelle de pays le fait et le veut différent.

Exiler, c’est arracher l’être de son sol, rompre les racines de ses habitudes et de sa vie, pour les porter sur une terre où il ne s’acclimatera peut-être jamais. C’est ajouter une souffrance physique, incessante et cruelle, à la souffrance morale, non moins douloureuse.

... Voulez-vous voir des exilés ? Allez chaque dimanche (à Paris et ses environs et regardez-les) marchant deux par deux, en parlant du pays. Ils causent de la ferme, des voisins, des amis, des parents. Ils soupirent et parfois pleurent, ces hommes en culotte rouge dont un sabre bat la cuisse. Ils regardent au loin, avec des yeux mouillés, et se rappellent des soirs semblables, quand ils allaient aux nids, quand ils allaient aux noisettes. On sourit en les voyant passer avec leur air gauche, épluchant une baguette. Trois mois plus tard, un d’eux sera peut-être couché dans un lit d’hôpital, frappé de ce mal étrange qu’on appelle le « mal du pays ». Et si on ne le renvoie point au triste village dont le souvenir le hante, il mourra aussi sûrement que si une balle l’avait frappé au cœur, car ce mal est inguérissable.

Et les paroles de la chanson de Michel Berger me restent collées à la mémoire:
Je veux chanter pour ceux
Qui sont loin de chez eux
Et qui ont dans leurs yeux
Quelque chose qui fait mal
Qui fait mal...

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